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Exposition de Bernard Villers chez Ficheroulle: “La rigueur et le lyrisme s’affirment” a été publié dans Le Soir du samedi 19 mars 1994, par Jo Dustin.

Bernard Villers invente des règles pour moduler son cheminement coloré. Et il privilégie l’interaction entre l’impact chromatique et la citation des couleurs. Ainsi «L’Ombre des couleurs» inscrivait le nom des couleurs: brun de Kassel, terre de Sienne, outremer, sur des vitres-lanternes et une ampoule électrique projetait sur le mur une graphie quasi magique. Dans «Color Box», les boîtes trouvées, les boîtes fabriquées déclinaient toutes les nuances du rouge et, grâce au jeu des reliefs, captaient la mouvance des ombres fluctuantes.

Si les «livres d’artiste» favorisaient la transparence, les dossiers de chaises préféraient une opacité tangible. La couleur, toujours elle, métamorphosait ces objets perdus et leur attribuait une singularité différente. Orange royal. Bleu marin. Vert palpitant. Mauve velouté… Ces dossiers de chaise devenaient des signes qui possédaient leur identité et blasonnaient en faisant jouer un rôle aux espaces intercalaires et environnants. Villers dit: J’aime expliquer ou plutôt m’expliquer ce que je fais, c’est pourquoi je m’astreins à une certaine logique, mais ce sont les surprises qui donnent au travail sa dimension poétique. Cette phrase convient particulièrement à la dernière exposition de cet artiste à la galerie Étienne Ficheroulle. En effet la règle préside à nouveau. Les tableaux à l’huile forment des triptyques dont deux couleurs offrent le mélange à la troisième couleur, les proportions étant scrupuleusement respectées. Mais cette définition peut paraître sèche, dépourvue de toute saveur.

Or les oeuvres exposées ici possèdent une richesse fortement tonique et les couleurs opèrent une véritable célébration qui rejette tout camaïeu de bon ton. Bleu turquoise et ocre clair créent un vert tendre très séduisant. Noir et blanc de titane inventent un gris aux nuances curieusement bleues. Et la touche fougueuse de chaque tableau palpite avec vigueur. Nous sommes en présence d’un minimalisme dynamique qui anime chaque trio de tableaux d’une énergie rare. À contempler donc pour le bonheur éclatant d’une peinture où cohabitent la rigueur et le lyrisme.

JO DUSTIN
Galerie Étienne Ficheroulle, 36, rue Veydt, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 26 mars.